top of page

Mon premier vol solo en Cessna : le récit

C’était un matin d’été 2018, au bord de l’aérodrome de Toussus-le-Noble (LFPT), LFV pour les intimes. J’avais 28 ans, 45 heures de vol au compteur, et cette obsession : décrocher mon premier solo sur le F-GABC, un Cessna 152 blanc et bleu typique des Aéroclubs parisiens, avec son Lycoming O-235 qui tousse un peu au démarrage froid. Les semaines précédentes avaient été un tourbillon de leçons intensives : atterrissages vent travers à 8 kt, décrochages moteurs, procédures d’urgence. Mon instructeur, Jean-Marc, un ancien de l’Armée de l’Air au regard perçant, m’avait briefé la veille : « Demain, si le vent reste sous 10 kt et que tu fais trois tours de piste propres, je te lâche. Sinon, on recommence. » J’avais à peine dormi, mélange d’excitation et d’angoisse viscérale – le genre qui noue l’estomac à 5h du mat’.


Mon premier vol solo en Cessna : le récit

Le briefing et les checks : tension palpable


Réveil à 6h30, café noir serré, pas de petit-déj lourd (règle d’or : estomac vide en vol). Arrivée à l’aéroclub à 7h15, l’air encore frais, brume légère sur la Seine au loin. METAR LFPT : 080°/6kt, visibilité 10km, CAVOK, QNH 1013 hPa – parfait pour un lâcher. Jean-Marc est déjà là, fumant sa Gitane en feuilletant le POH du G-ABC. Briefing rapide : trois touch & go sur piste 26L (1 600m disponibles, amplement pour un 152 à 730 kg max), altitude circuit 1 200 ft QNH (800 ft QFE), vitesse vent arrière 55 kt, base 70 kt, finale 65 kt volets 30°. « Rappelle-toi : Aviate, Navigate, Communicate. Si tu doutes une seconde, tu rappelles. Radio : .25 pour AFIS. » Walk-around ensemble : pneus OK (30 psi), huile 8 qt, hélice sans nicks, volets fluides. Internes : magnétos drop <150 rpm à 1 700 tr/min, instruments à zéro. Je signe le plan de vol VFR local, carburant 40L (2h30 autonomie).

Jean-Marc monte avec moi pour un tour de piste de chauffe. Démarrage : mixture riche, pompe électrique 30 sec, starter, 1 000 rpm/carburateur chaud, magnétos check. Décollage roulage 800m, rotation à 55 kt, montée initiale 450 ft/min – propre. Circuit : vent arrière aligné, base virage 30° standard à l’alignement boulodrome, finale stabilisée, toucher doux roues principales, go-around pleine puissance à 50 kt sol. « Bien, tu es prêt. Cette fois, seul. Radio : « Toussus radio, G-ABC, décollage piste 26L pour trois touch & go, pilote solo, merci. » Réponse AFIS : « G-ABC, Toussus radio, QNH 1013, vent 090°/7, bonne chance pour ton premier ! » Mon cœur cogne à 140 bpm.


Décollage : le moment de vérité


Palonnier droit pour s’aligner, pleine puissance 2 500 rpm (manifold 23’’Hg), accélérateur fluide, rotation pile à 55 kt indiquée (ASI tremblote légèrement, effet densité à 20°C). Nez à 7° montée, train rentré (fixe, mais réflexe), volets up à 200 ft, virage vent arrière à 500 ft QNH. Seul. Absolument seul. Le cockpit semble immense : pas de Jean-Marc pour checker les volets ou confirmer l’altitude. Je scanne : airspeed 90 kt, cap 260° (piste 26L), altitude 1 100 ft (un poil bas, corrige +100 ft). Radio silencieuse, juste le ronron rassurant du Lycoming. À 1 200 ft, vent arrière : mixture lean légère (économie), power 1 800 rpm, abattement volets 10° pour stabiliser 55 kt sol. Premier virage base : 30° bank précis, référence boulodrome à 2 NM droit, cap 170°. Sensation de flottement – pas de second pilote pour alerter sur la vitesse.


Premier atterrissage : adrénaline pure


Finale piste 26L : alignement visuel sur seuil PAPI 3 blancs/1 rouge (200 ft AGL), volets 30°, power 1 500 rpm, vitesse 65 kt parfaite. Vent travers droit 7 kt (composante ~5 kt), légère correction palonnier gauche/aile basse droite. À 50 ft, flare progressif : regard vers extrémité piste, périphérie pour juger hauteur. Toucher impeccable roues principales à 60 kt sol, palonnier ferme contre girouette, volets up, pleine puissance TOGA (2 500 rpm), rotation immédiate à 55 kt. Go-around clean, montée propre à 500 ft/min. Radio : « G-ABC, premier touch & go OK, deux à faire. » Voix qui tremble un peu, mais fierté immense. Jean-Marc fait un signe V depuis la tour d’instruction, pouce levé.


Deuxième tour : confiance qui monte


Vent arrière deux : plus serein, scan fluide (attitude, vitesse, altitude, cap, engine instruments). Virage base : légère turbulence (rotors Toussus habituels), mais maintien bank 30° sans dérapage. Finale : vent forcit à 9 kt (METAR live via app), composante travers 6 kt – aile basse instinctive, nez aligné. Flare à 20 ft (référence aile sur seuil), toucher doux, roue avant pose à 45 kt. Go-around sans accroc, virage crosswind à 800 ft pour anticiper trafic Piper Seneca en finale opposée (Toussus grouillant !).


Troisième et dernier : la maîtrise


Dernier vent arrière : presque routine. Je me surprends à anticiper : power back à 1 700 rpm dès alignement, virage base précis au boulodrome, finale parfaite 65 kt, PAPI on. À 100 ft, un micro-rafale gauche (cisaillement sol Toussus classique), mais compensation immédiate palonnier. Flare doux, toucher trois-points à 50 kt sol – le plus beau de ma vie. Full stop cette fois : ralentissement progressif 20 kt, sortie piste taxiway A, volets up, mixture coupé. Radio finale : « Toussus radio, G-ABC taxi runway 26L, fin vol local, pilote solo accompli, merci ! » Réponse : « G-ABC félicitations, bien joué ! »


L’après : émotion et débrief


Jean-Marc m’attend au parking, poignée de main ferme : « T’as géré comme un chef. Premier solo validé, carnet signé. » Bière méritée au club-house avec les potes pilotes, retours détaillés : « Ton troisième était pro. » Logbook annoté : 0,7h solo, trois T&G. Ce jour-là, le Cessna 152 n’était plus une machine ; c’était mon partenaire. Des frissons encore aujourd’hui au souvenir de ce silence cockpit, cette responsabilité absolue. Premier solo : pas une ligne de plus au carnet, mais un pilote né. Si tu vises le tien, prépare les checks, dompte la peur, et vole. Le ciel t’attend.


Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page